Biologie L'Homme, ce « singe nu » et sur deux pattes
- , le 22/12/2011.

Une des questions que quasiment tout le monde se pose, et en particulier les anthropologues et spécialistes de l'évolution, est pourquoi nous en sommes venus à marcher debout, sur nos deux jambes, et pourquoi nous avons aussi « perdu » nos poils. De nombreuses théories ont vu le jour pour expliquer ces deux phénomènes. Deux actualités se combinent pour donner quelques éléments de réponse supplémentaires. On peut avoir perdu nos poils pour lutter contre le parasitisme par exemple. D'autres spécialistes pensent que les parasites n'ont pas eu tant d'influence que cela et qu'il est question d'énergie (et de chaleur).

La première étude va dans ce sens et a effectivement conclu que nous avons probablement perdu nos poils après que le redressement. Elle ne dit pas pourquoi nous nous sommes redressés, mais les modèles mathématiques développés montrent comment les humains et animaux perdent de la chaleur corporelle selon les postures et le moment de la journée. Une position « recroquevillée » (quatre pattes ou plus) permet de conserver davantage de chaleur que la position « développée » (debout), en particulier lorsque le soleil frappe. Se mettre debout permet donc de se refroidir.

L'Homme, ce « singe nu » et sur deux pattes



Attendez ! Ces premiers modèles ne tiennent pas compte toutefois du fait que nous produisons de l'énergie lors des déplacements (et bien plus en étant debout). Les chercheurs pensent donc que les hominidés se sont d'abord mis debout pour une raison indéterminée (pour mieux voir les menaces et la nourriture ? Pour se refroidir dans la savane ?) et qu'ensuite, ils ont « perdu » des poils. Toujours est-il que les deux événements sont liés selon ces chercheurs.

C'est Desmond Morris qui avait fait sensation en 1967 avec son livre de vulgarisation « The Naked Ape ». Vous avez remarqué que nous mettions « perdu » et pas : perdu. La raison est que si vous regardez à la loupe et que vous vous mettez à compter vos follicules pileux (hommes ou femmes), le fait est que l'on n'est pas « nu » du tout, mais bien « à poil », pour reprendre une expression commune. À chaque centimètre carré, nous avons en effet autant de follicules pileux que tous nos « cousins », les grands singes. La différence entre « eux » et nous est donc au niveau du diamètre des poils (sauf en certains endroits ou pour certains hommes bien velus) !

L'Homme, ce « singe nu » et sur deux pattes



Bon, vous me direz que cela ne fait que changer un peu la question : « Pourquoi le diamètre de nos poils s'est-il fortement réduit ? On peut reformuler la question autrement : « Pourquoi avoir gardé ces minipoils et follicules dans ce cas ? »

Pour des chercheurs anglais, cela a avoir avec les parasites (le contraire de l'étude précédente, on vous l'accorde, mais la Science cherche). Ces poils seraient un système d'alerte pour les parasites qui voudraient nous mordre. Par ailleurs, ces « minipoils » n'ont pratiquement plus aucune utilité pour conserver la chaleur depuis que nous mettons des vêtements, mais ils sont, à leur échelle, très gênants pour les parasites qui se « fraient un chemin » dans cette jungle. Ces petits poils feraient que nous sommes capables de détecter la présence de parasites avant qu'ils ne nous mordent.

On a demandé à des étudiants de participer à une expérience. 29 volontaires (19 hommes et 10 femmes) avaient une portion de peau rasée sur un bras et pas sur l'autre. On encerclait ensuite toutes les zones par une gelée qui repousse les parasites (afin de définir une "arène").

Comme au temps des jeux du stade, on a préalablement affamé des parasites en laboratoire, et on les a enfin lâchés sur les volontaires. On demandait au volontaire de détourner le regard du carnage à venir sur le bras. Ils devaient juste compter le nombre de fois où ils sentaient le mouvement de la bête sur leur peau.

L'Homme, ce « singe nu » et sur deux pattes



La différence était notable entre les deux bras. Un bras normal détectait les mouvements toutes les quatre secondes tandis que l'autre, rasé, ne le détectait que toutes les 10 secondes, et encore, de manière moins localisée. L'observation montrait que la pauvre bête (le parasite), mettait plus de temps à progresser pour trouver un bon endroit où mordre.

Les hommes, plus poilus que les femmes, s'en tiraient mieux lorsqu'ils n'étaient pas rasés. Quelle que soit la raison qui a fait que nous avons « perdu » nos poils, ils ont encore une fonction utile.

P.-S. Les chercheurs retiraient l'insecte avant la morsure fatale...

Références:

Isabelle Dean, Michael T. Siva-Jothy. Human fine body hair enhances ectoparasite detection, Biol. Lett. doi: 10.1098/rsbl.2011.0987

Graeme D. Ruxtona, David M. Wilkinson (2011) Avoidance of overheating and selection for both hair loss and bipedality in hominins, PNAS, doi: 10.1073/pnas.1113915108


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